Roberto Tagliazucchi

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Textes critiques

Sélection de textes consacrés à l’œuvre de Roberto Tagliazucchi, 1984–2005.

1984

Bernadette Boustany

Conservatrice
Musée de Saint-Maur

La sculpture entre pureté et opposition

Texte original reproduit sans traduction ni réécriture.

L’œuvre de Tagliazucchi ne peut être nettement circonscrite ni définie. Tout au plus peut-on tenter d’aborder sa sculpture à travers des contrastes et des forces qui semblent s’opposer.

« Il n’y a ni monotonie ni silence de la matière. »
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ESPOSIZIONE MUSEO DI ST-MAUR - 1984 L'œuvre de Tagliazucchi ne se cerne pas. Elle ne se définit pas. Au mieux, est-ce par un ensemble de contrastes et le recours à des forces et techniques qui s'opposent que l'on peut tenter d'approcher sa sculpture. C'est d'abord le jeu subtil qui s'élabore entre un parti pris de pureté, de simplicité, et une volonté ferme de rompre avec un traitement trop académique et "harmonieux" de la matière qui frappe l'œil et éveille l'intérêt. La pureté essentielle du style de Tagliazucchi tient aux formes dépouillées qu'il emploie autant qu'à l'extrême soin qu'il apporte au traitement du marbre, son matériau de prédilection, souvent choisi blanc et faisant l'objet d'un grand travail de ponçage qui le rend parfaitement lisse et translucide sous l'effet de la lumière. Lisse au toucher, neutre dans ses couleurs et ramassée de forme, cette sculpture ne reste pas pour autant muette et insignifiante. Pas de monotonie, pas de silence de la matière. Tagliazucchi, en restant discret et sobre, sait faire parler la pierre et la mettre en mouvement, ne limitant pas l'œuvre à elle-même mais en l'intégrant toujours dans son environnement. "Le jeu d'enfant" et "La Ménestrel" ne prennent-ils pas tout leur sens dans l'espace dans lequel ils s'épanouissent ? L'harmonie linéaire de ses œuvres est toujours vivifiée, animée, dynamisée par une cassure formant un angle - "La maternité" - une échancrure ou un coup de burin - "Le signe grec", "Le joueur de rugby" -qui rompent le silence de conceptions très uniformes. Chez Tagliazucchi, la souplesse n'aboutit pas à l'informe et la sérénité de sa sculpture n'est jamais signe de fade béatitude. Au contraire, en dépit de son rapport tout en finesse avec la matière, il sait lui donner vie et mouvement intenses. Il connaît aussi les secrets pour réaliser une sculpture puissamment sexuelle qui, pour être douce et tranquille, n'en est pas moins animée d'un rythme profond et marqué - "La danseuse". Les contrastes dans l'ensemble de cette oeuvre reflètent un univers intérieur en pleine effervescence et un désir farouche de communication. Sans être vraiment figurative, sa sculpture n'est pas non plus purement abstraite. En refusant un art de l'absurde et du non-sens, il est même impossible de dire que Tagliazucchi est dans la lignée d'un certain classicisme. Il échappe pourtant à la volonté de diffuser une conception simplement "esthétique" de l'art et essaye d'atteindre un niveau de signification moins immédiat. Il dit lui-même qu'il lui importe peu d'imposer un message précis ou de démontrer ses propres vérités, dans la mesure où il provoque son public en suscitant une mise en question des valeurs établies. En somme, l'art de Tagliazucchi ne peut se définir d'un simple point de vue intellectuel mais requiert, pour être perçu dans toute sa richesse, un investissement total, tant cérébral que sensible. Bernadette BOUSTANY, Conservateur du Musée de Saint-Maur

1984

Thierry Chabanne

Professeur d’histoire de l’art
École Nationale Supérieure
des Arts Décoratifs, Paris

Matière, espace et refus du joli

Texte original reproduit sans traduction ni réécriture.

En marge des modes mais attentif aux acquis de son époque, Tagliazucchi refuse le simple décoratif et affronte la matière et l’espace sans solutions prédéterminées.

« En peinture je cherche ; en sculpture je trouve. »
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A l'écart des modes mais toujours curieux des acquis de notre époque, Roberto Tagliazucchi revendique pour l'art de grands desseins conjuguant expression et communication. " J'essaie d'éviter le joli " Roberto emploie souvent ce terme pour en relever le côté péjoratif lié à l'inessentiel, au superficiel. Dans ses peintures comme dans ses sculptures, il n'est pas rare qu'un élément perturbateur vienne disloquer l'élégance naturelle que ce "-signore-" sait transcrire par la ligne ou le volume.Ne soyez pas étonné par ces coups de burin venant irriter la chute voluptueuse du marbre blanccaressé par la lumière ; Roberto ne veut pas "chatouiller les sens" ni donner une trop large part à "l'esthétique". La taille directe, activité consistant à ôter pour mettre à jour, donne au sculpteur la possibilité de découvrir par les mains ce que son regard lui avait déjà fait rencontrer, "comme si je trouvais, dans tel ou tel bloc, une sculpture à moi avant que je l'ai travaillée". L'oeil est l'instrument privilégié de cette rencontre qui fait que "des blocs ne me disent rien et que d'autres m'attirent irrésistiblement". Roberto parle alors de communion avec un matériau qui l'avait séduit dès son enfance à Carrare. ".. Ce que je sais, c'est qu'il faut aimer la matière sinon elle te trahit". L'art consistera à amadouer la masse brute jusqu'au ponçage final sans lui retirer la présence du matériau vivant. Parodiant un peintre célèbre, Roberto s'exclama un jour "Dans la peinture je cherche, dans la sculpture je trouve", phrase curieuse et paradoxale car on affirme souvent qu'il est plus difficile d'obtenir un bel et bon effet avec la sculpture qu'avec la peinture. Cette dernière demande, il est vrai, un effort incessant, surtout si l'on écarte de son chemin les séductions du joli et que l'on ne se fixe pas comme but obligé de flatter l' oeil de celui qui regarde. Il faut savoir en effet que Roberto ne travaille pas une gamme chromatique sur les genoux et un manuel d'histoire de l'art dans la main. Non, ses décisions, si elles ne sont évidemment pas irrationnelles, ne font qu'argumenter sans cesse la confrontation avec la surface blanche sans lui fournir de certitudes à priori. Entrons discrètement dans l'atelier où se déroulent de bien curieuses histoires. Le peintre trace une ligne puis commence à remplir une surface. Le reste de toile vierge appelle à son tour la couleur. Laquelle choisir ? Roberto demande au peintre qui ne lui répond pas et l'embarrasse bien. Alors, il étale du vert épaissit la ligne orange d'une coulée de bleu et c'est le choc entre les éléments de l'univers peint qui fait tout reprendre, énerve le peintre jusqu'à la prochaine accalmie. Ç'a y est, l'espace est ouvert, vers le haut, toujours. Si les lignes partent de quelque part elles n'ont pas de sol, ce ne sont ni des arbres ni des branches. C'est peut- être cet espace ouvert mais ancré, ces effets de profondeur toujours ramenés à la Surface par quelque dépôt de matière que le peintre recherche. Il n'est pas facile, face à une toile posée verticalement, d'éviter les envolées tout en cherchant à suggérer une sorte d'ouverture de l'espace, un champ aux limites présentes mais aux effets aléatoires, toujours fuyants. " Je ne recherche ni l'anecdote ni la forme directement suggestive " dit le peintre. En effet, ne cherchez pas à reconnaître du déjà vu et si vous voyez du ciel dans ce bleu ou du feu dans cet orangé, libre a vous Il se pourrait bien cependant que ce ne soient là que des rapprochements fortuits. Pour lui, peindre. ce n'est pas mettre en peinture, ce n'est pas non plus dessiner avec de la couleur. Nous savons pourtant sa dextérité et son acuité à saisir le vif d'une ligne, la beauté d'un corps ou le rythme d'un objet. Non, peindre c'est jouir de la couleur dans l'instant parce que chaque nouveau coup de pinceau instaure aussitôt de nouveaux rapports d'une couleur à une autre et de cet ensemble à celui qui l'organise. Plus que jamais, chez cet homme qui ne veut rien perdre, faire une toile c'est aussi améliorer la suivante. Roberto est un jeune peintre qui sait déjà beaucoup. Telle est la difficulté à surmonter lorsque l'on ne fait pas de concessions au déjà vu, au déjà su. Paris, Mai 1984 THIERRY CHABANNE Prof. D' Histoire de l'Art ÉCOLE NATIONAL SUPÉRIEUR DES ARTS DÉCORATIVE PARIS

1984

Laurent Chemtob

Critique d’art
Villages — Île-de-France

Un langage personnel et contemporain

Texte en français. Source : Villages, Île-de-France, 1984. Conformité à l’original à vérifier.

L’œuvre de Tagliazucchi attire, éveille et renouvelle. Sa simplicité, sa rigueur technique et son humanité établissent une relation directe entre l’artiste et le regardeur.

« Humble et retenu, son art n’est ni monotone ni impersonnel. »
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L’œuvre de Tagliazucchi attire, éveille, choque et renouvelle. Humble et retenu, son art — qu’il s’agisse de peinture ou de sculpture — n’est ni monotone ni impersonnel.

La simplicité de ses conceptions, un certain classicisme de la ligne et la pureté de l’exécution sont les garanties les plus sûres d’une communication authentique et profonde entre l’artiste et son public.

Ce que les visiteurs ont vu au Musée d’Art Moderne de Saint-Maur lors de l’exposition qui lui était consacrée illustre sa volonté de créer un art personnel et contemporain, riche à la fois de rigueur et d’indépendance.

Un art pour tous ? Certainement. Mais ce n’est pas un art ordinaire. La qualité technique de son travail, la richesse de son inspiration et sa profonde humanité assurent à Tagliazucchi une place importante parmi les artistes contemporains.

Laurent ChemtobCritique d’art, Villages — 1984

1986

Aldo Fetonte

Directeur
Mondo Mediterraneo

Frammenti di viaggio

Traduction française de l’italien. Source : préface de « Frammenti di viaggio », 1986.

Un témoignage sur le retour de Tagliazucchi à Carrare après la reconnaissance obtenue en France, reliant de nouveau son expérience parisienne à la matière et à la culture du marbre.

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Ce nom de famille — déjà connu jusque dans des lieux lointains grâce à l’étonnante habileté du père — nous revient aujourd’hui presque comme l’écho du succès obtenu à Paris par le fils.

Ce qui suit apporte un témoignage vivant d’admirateurs et de critiques autorisés qui ont été conquis par la qualité du travail de Tagliazucchi dès son apparition.

Nous ne pouvons en présenter ici qu’une sélection limitée ; pourtant les peintures et les sculptures exposées au Musée Villa Médicis, non loin des rives de la Seine où la lumière de tant d’artistes illustres a commencé à rayonner, permettent déjà d’entrevoir l’avenir de notre concitoyen.

Accueillons-le comme un fils prodigue qui, nous l’espérons, nous montrera bientôt non seulement les acryliques qu’il présente aujourd’hui, mais aussi notre propre marbre que, comme l’écrit Chabanne, il a « caressé » au cours de la création.

Pour nous, cette caresse portera aussi la douce mélancolie de la nostalgie.

Aldo FetontePréface de « Frammenti di viaggio » — 1986

1988

Pierre Brisset

Critique d’art
L’Œil

Trois artistes en un

Texte original reproduit sans traduction ni réécriture.

Sculpture, peinture et dessin apparaissent d’abord comme trois langages distincts ; Brisset reconnaît pourtant sous cette diversité une présence expressive et spirituelle commune.

« Dans son extrême dépouillement, elle suggère bien plus qu’elle n’impose. »
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Assez déroutante l’œuvre de cet artiste qui, pour tout curriculum vitae, se borne à nous donner ses "nom ; Tagliazucchi ; prénom : Roberto ; profession : sculpteur ; études : beaux-arts ; né en 1939... toujours vivant" (sic), alors que, toujours bien vivant, en effet, il peint autant qu'il sculpte et dessine autant qu'il peint car, bien que né à Carrare, le haut lieu des carrières de marbre blanc où depuis la plus haute Antiquité viennent s'"approvisionner" bâtisseurs et sculpteurs, Tagliazucchi, attiré par le dessin et la peinture dès l’enfance, ne s'est curieusement intéressé à la sculpture qu'il y a une toute petite dizaine d'années... Une oeuvre déroutante assurément car, si sa peinture comme sa sculpture sont totalement abstraites, elles n'ont en revanche aucune parenté entre elles, pas davantage que le dessin on ne peut plus figuratif et d'une facture très classique. Trois artistes donc, bien différents l'un de l'autre en un seul, et trois bons et beaux artistes dont on ne sait trop lequel préférer, Le sculpteur d'abord, dont l’œuvre encore toute jeunette pourrait bien sûr rappeler certains de ses grands aînés tels un Brancusi ou un Gilioli, mais au diable cette manie de toujours vouloir confronter une œuvre d'aujourd'hui avec celles du passé ! La sculpture de Tagliazucchi, à quelques rares réserves près, taillée dans la masse des marbres de Carrare, vierge de toute impureté, lisse, translucide, lumineuse, aux angles arrondis, tendre et douce, sensuelle après un long, patient et subtil ponçage, suggère dans son extrême dépouillement bien plus qu'elle n'impose et, s'il n'avait donné pour titre à deux de ses œuvres Jeu d'enfants et Danseuse, nous n'aurions rien vu d'autre dans la première qu'un haut portique ouvrant sur l'infini et dans la seconde une sorte de totem hiératique...  Une exception, son Christ en croix, un bronze-maquette de 1986 pour une nouvelle église de la région parisienne, émouvant, sublime, admirable dans la simplicité, la nudité des lignes. Enfin du grand  art sacré moderne qui, souhaitons-le, trouvera sa juste place à "Notre-dame de l'Arche d'Alliance" de la Z.A.C. d'Aleray !   La place manque, hélas, pour parler comme elle le mériterait de sa peinture couleur de fresques; couleur de vitrail à l'heure où décline le jour, ou couleur de campagne aux verts acides, aux jaunes brûlés par le soleil, aux rouges triomphants ; peinture du geste, peinture mystique proche de son Christ d'Aleray..."Vous êtes croyant ?" "Oui, je crois profondément ". "Aucune parenté entre elles", la sculpture et la peinture de Tagliazucchi ? Car, au-delà de la construction, la forme et la force d'expression, il y a chez ce catholique fervent une présence spirituelle qui confère à l'ensemble de son oeuvre une unité que, de prime abord, nous n'aurions jamais soupçonnée Pierre BRISSET - Critique d'Art "L'OEIL" 1988

1998

Giovanna Riu

Critique d’art
Orangerie du Château
de Sucy-en-Brie

La beauté de la contradiction

Traduction française intégrale du texte italien fourni.

Riu identifie le caractère spatial distinctif de la sculpture de Tagliazucchi : un objet sans point de vue privilégié, où la lumière, l’espace et la forme restent continuellement dynamiques.

« L’œuvre n’a pas un point de vue privilégié, mais offre une multitude d’aspects. »
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EXPO ORANGERIE DU CHÂTEAUX DE SUCY EN BRIE

Il y a deux façons différentes, aussi importantes l'une que l'autre, d'approcher les oeuvres d'un artiste.

L'une, historique et biographique, définit celui-ci dans un parcours culturel, social, à travers les caractéristiques de son milieu et dans un sens plus large, cherche à le caractériser par les relations qu'il entretient avec les courants artistiques de son temps.

L'autre s'attache davantage à l'objet d'art, a cet art qui est le sien et qui à travers une série d'inventions formelles remet en question le sens universel de l'art.

Le glissement de l'une à l'autre est inévitable, c'est ainsi que la réduction de l' oeuvre à des caractéristiques psychologiques de l'artiste devient une habitude.

Notre attention se détourne alors de l' oeuvre qui, cependant a son existence propre, dépassant l'histoire et la vie de l'auteur qui pour donner forme à un noyau mystérieux  ( rêve, archétype, illusion de puissance) a fait tout ce qui était en son pouvoir et comme instrument nécessaire à son oeuvre a épuisé son narcissisme extrême. S'il y a un point de rencontre entre ces deux visions de l' oeuvre, il faut le rechercher dans le sens universel qu'assume l'objet quand il se transforme en art.

Il renferme alors cette rare "nécessité" communicative, cette mutation de sens qui le rend reconnaissable, appréciable parmi les modèles culturels du moment historique dans lequel vit l'artiste et profitable enfin à tous. Toutefois sens et signification ne sont jamais cristallisés, jamais définis.

Le sculpteur Roberto Tagliazucchi dans ses rares déclarations d’esthétique peut citer le cubisme et le futurisme, la décomposition et la simultanéité, peut élever Brancusi au rang de totem de la sculpture contemporaine, il peut encore admirer le caractère essentiel des thèmes de Moore mais il ne réussira pleinement, heureusement d'ailleurs , à justifier son manque total d'homologation avec des tendances, des modèles, des auteurs, des règles académiques...

Sa "science" spéciale lui permet de rendre l'espace dynamique, d'absorber et de renvoyer la lumière, d'entrer et de sortir librement de l'objet.

L' oeuvre n'a donc pas un côté prééminent mais offre une multitude d'aspects, chacun étant le "bon" dans le moment précis où on l’observe.

L'artiste peut encore conter sa poésie à travers les métaphores, les mythes et les passions qui l'agitent : c'est un homme d'un siècle fragile, en lutte avec la matière, une fin de siècle, agitée, ou, au milieu de véritables ruines , il tente de rendre visible pour lui même ce qui fuit, tente l'entreprise visionnaire du voyage du réel au possible.

Son "humanisme" devient une figure dont les contours retiennent quelques éléments de la multiplicité de ce que par convenance, par conformisme nous appelons l'histoire, la réalité, le milieu. Tâche fort difficile pour celui qui est déjà la métamorphose même.

Le besoin de narration et de "littérature" que nous demandons à l'art nous empêcherons à jamais de pénétrer pleinement dans le paradis perdu ou retrouvé de SOGNANDO (En rêvant), le vitalisme de NATHALIE, la correspondance ancestrale du JOUEUR DE FLÛTE, la détermination obstinée du DAVID. Cependant . forme et idée, les deux âmes indissolubles de l'art ont trouvé leur harmonie.

Dans cette exposition dont "la traversée" nous conduit vers une âme de prédominance méditerranéenne, "l'archétype de la terre" et "l'archétype du ciel" sont les interprètes obligés, l'un avec la sensualité, la corporéité, le démembrement, le broyage, l'autre avec le sidéral, l'absolu, le besoin d'infini.

Entre eux il y a Éros, il y a l'art et le savoir de Roberto Tagliazucchi qui a rendu possible la "beauté" de la contradiction.

Janvier 1998

Giovanna RIU - Critique d'Art

2001

Ferruccio Battolini

Critique d’art

Sculpter avec amour et conscience

Traduction française intégrale du texte italien fourni.

Battolini lit la sculpture de Tagliazucchi à travers la tension intellectuelle, la discipline constructive, l’harmonie et un profond sentiment de l’espace.

« Chercher l’harmonie, pour Tagliazucchi, signifie retrouver une poétique de la proportion à sa propre mesure. »
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Regarder véritablement les innombrables modulations de la sculpture de Roberto Tagliazucchi — pour les préserver dans notre mémoire visuelle — signifie d'abord comprendre l'angoisse intellectuelle qui les anime, la culture de l'humain, les décisions constructives les plus ardus et cependant mesurés qui gouvernent son audace plastique, forte et significative.

Stefano Lanzardo a raison lorsqu'il définit, dans le titre de son enquête photographique, le voyage à l'intérieur de l'œuvre de Tagliazucchi comme une sorte de recherche des empreintes d'une émotion. Il s'agit certes d'émotions inhérentes à son incontestable maîtrise du travail plastique, capable de nous faire participer, toujours directement et concrètement, aux valeurs qu'il découvre dans les formes choisies avec patience et passion.

On peut également parler d'une émotion dynamique : notre artiste ne s'arrête devant aucune des difficultés que la matière peut présenter lorsqu'elle devient l'objet d'une conception, puis une précieuse habitante de l'espace.

Au moment où il a ressenti le besoin de se réconcilier « avec le monde extérieur », Tagliazucchi a placé sur le trône de son inspiration créatrice le concept d'« Harmonie », tel que le concevait Denys d'Halicarnasse : une synthèse mentale, ajouterais-je, coordonnée à chaque instant avec une exigence technique aussi éprouvée que consciente.

Chercher l'harmonie, pour Tagliazucchi, c'est retrouver une poétique des proportions à « sa » mesure, c'est-à-dire à la mesure de sa sensibilité et de sa perception personnelle de la « beauté », celle qui lui est la plus proche et, naturellement, la plus difficile à rendre éternelle.

La raison première de cette harmonie apparaît clairement dans le dessin rapide — préparatoire mais immédiatement autonome par rapport à son éventuelle réalisation sculptée — lorsqu'il suppose une fidélité profonde à l'intuition. Elle est encore plus lisible dans son parcours de sculpteur, lorsqu'il entre dans la sphère dominante de la concertation entre douceurs et angles recherchés.

Son travail est une « peine » — il ne peut en être autrement — voulue et pratiquée avec acharnement, je dirais inévitable chez lui, enthousiasmante et donc prélude au projet de réalisation.

Tagliazucchi n'entend jamais agresser ni blesser la matière choisie pour porter ses messages : il est facile, selon moi, de percevoir l'amour avec lequel il sculpte, précisément parce qu'il rend évident et compréhensible son programme de conquêtes formelles, noblement et puissamment lyriques.

Il faut ici bien s'entendre, notamment avec l'aide de ses propres propos esthétiques lorsqu'il parle de « nouveau romantisme », sur sa volonté nouvelle, obstinée et permanente de fixer et d'exalter les formes rythmiques grâce à un « sentiment de l'espace » enraciné et incontournable.

Lorsqu'il décide de pénétrer dans la chambre secrète, dans l'intimité du moyen plastique, Tagliazucchi sait d'avance qu'il en tirera — et nous les proposera avec une fierté d'artiste légitime et parfaitement justifiée — des moments inédits, historiques, humains, étrangers aux codes, aux habitudes dogmatiques et aux règles paralysantes, précisément parce qu'ils sont issus du sentiment de l'espace.

Prenons un exemple : devant son « Christ de Alleray » (1987), on éprouve inévitablement une impression nouvelle, parce que cette image — si intensément et diversement glorifiée par des milliers de sculpteurs et de peintres de tous les temps — naît d'un humanisme subjectif, réellement intense, et même, dirais-je, d'une religiosité laïque riche et courageuse.

Pour Tagliazucchi, il n'est pas nécessaire de se perdre en descriptions : mieux vaut choisir le passage étroit — qui deviendra chez lui une vaste prairie — de l'essentiel, grâce auquel on évite les « circonstances » détaillées pour saisir, d'un événement aussi exceptionnel que la Crucifixion, les dimensions dramatiques les plus profondes, entre cris étouffés et exaltations impénétrables.

Si nous observons attentivement d'autres œuvres — « Dance », par exemple — nous pouvons constater la capacité de Tagliazucchi à innover dans le domaine infini et périlleux des équilibres plastiques : non plus seulement l'horizontalité plane ou les verticalités absolues, mais aussi la « latéralité », poésie de l'élan, d'un élan véhément et élégant, né d'impulsions vigoureuses et responsables.

Tagliazucchi est un véritable sculpteur : grâce à une éthique de la responsabilité rare, mais toujours plus nécessaire, il a acquis la capacité d'explorer la matière et le moyen plastique là où se nichent des moments d'harmonisation imprévisibles mais essentiels : entre creux et luminosités, entre plans et rythmes, entre mesure et spontanéité — comme dans « Sognando », « Nathalie », « Canapé » et « David » — avec la bénédiction bien méritée de « Madame Poésie » et de « Mademoiselle Imagination ».

Au revoir, et merci beaucoup, maître Tagliazucchi, sculpteur de race, gouverneur de nouvelles figurations plastiques.

Ferruccio Battolini — Février 2001

2005

Giovanna Riu

Critique d’art
La Varenne

Prométhée — mémoire, transformation et harmonie

Traduction française de l’italien. Source : texte signé à La Varenne, 5 mars 2005 ; support de publication à confirmer.

Dans le projet consacré à la mémoire et à la Shoah, Prométhée devient une métaphore sculpturale de la transformation : matière et esprit, destruction et reconstruction, finitude et infinité.

« L’artiste est celui qui donne la lumière et libère les formes enfermées dans la matière. »
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De la séparation de la Shoah à l’unité entre les êtres humains. Une unité que l’on peut retrouver à travers une « culture de paix » tendant vers la recomposition et l’harmonie.

Tel est le sens de cette maquette pour une sculpture qui cherche à montrer comment la mémoire — nécessaire et indispensable — doit dépasser le simple récit et se sublimer dans la tentative courageuse de se libérer de l’égoïsme inhérent à l’être humain, en tendant au contraire vers la tolérance de l’autre.

Prométhée, dans l’apothéose de celui qui commet le vol sacrilège du feu pour le donner à l’humanité, mais aussi dans son enchaînement titanesque au rocher du Caucase, est un thème récurrent dans la sculpture de Roberto Tagliazucchi.

Au-delà du complexe sémantique et symbolique incarné par cette figure mythologique, l’humain et le divin tendent réciproquement à se recomposer et à se pénétrer — finitude et infinité, matière et esprit, destruction et reconstruction — dans un destin commun de transformation perpétuelle visant à atteindre l’harmonie.

La sculpture devient la métaphore privilégiée par laquelle le mythe de Prométhée peut être reçu et prendre sens.

L’artiste, dans son mythe individuel, est celui qui donne la « lumière » et « libère » les formes enfermées — enchaînées — dans la matière, formes que l’intuition avait déjà imaginées et saisies.

Mais tout cela resterait rêve, délire et fable poétique si la qualité artistique et la maîtrise ne rendaient pas possible une telle « révélation ».

Le Prométhée de Roberto Tagliazucchi, aidé par la lumière qui définit et dynamise la forme, et par l’intersection de plans et de lignes de fuite en spirale qui contribuent à caractériser l’espace extérieur, constitue une synthèse réussie de la tension métaphysique de l’humanité.

Giovanna RiuLa Varenne — 5 mars 2005